Dimanche 22 mars, il était tard lorsque les résultats des élections municipales ont été annoncés à Neuilly-en-Thelle (Oise). Mais Denis Jacob avait déjà le sourire depuis quelques minutes, son avance sur ses concurrents étant assez confortables. Opposant pendant deux mandats, dont un en tant que tête de proue d’un groupe, il savait qu’il allait enfin passer de l’autre côté de la table du conseil municipal, et prendre le fauteuil de maire. Avec 53,88% des suffrages exprimés, contre 24,28% et 23,03% pour Sandrine Soares et Baptiste Bagoris, Denis Jacob allait devenir maire de Neuilly-en-Thelle. Quatre mois plus tard, un premier bilan de l’ancien opposant peut être dressé.
Oise Hebdo : Quel bilan tirez-vous de ces cent premiers jours à la tête de la commune ?
Denis Jacob : C’est très enrichissant, très galvanisant, j’adore apprendre de nouvelles choses. Les retours des habitants sont majoritairement satisfaisants. Ils sentent que la ville change, ça ne peut que nous motiver à faire mieux. Par contre, nous n’avons pas eu la chance du débutant sur ce début de mandat. Entre la canicule à gérer, la situation de la commune…
O. H. : Dans quel état avez-vous trouvé la commune ?
D. J. : Tout est à refaire. On a fait appel au centre de gestion de l’Oise qui va travailler pour nous. On a découvert qu’il n’y avait pas de règlement intérieur des services, pas d’organigramme, pas de fiches de postes. Le centre de gestion va reprendre tout ça. Je suis surpris qu’en vingt-cinq ans les services de l’Etat n’ont pas mis leur nez là-dedans.
Un cabinet privé va nous faire un audit financier et tout éplucher. Financièrement, on va arrêter de demander un seul devis, pour faire des économies. Par exemple, pour la bibliothèque, on a demandé deux devis : on en a reçu un à 20.000 € et un à 26.000 €. On va gagner 6.000 € qu’on pourra investir ailleurs. Une commune, ça se gère en bon père de famille, comme une société. Avec un sens du discernement, évidemment. En tout cas, on ne me reprochera pas d’essayer de faire des économies.
O. H. : Qu’avez-vous pu mettre en place depuis votre élection ?
D. J. : On vient de créer le conseil municipal des jeunes. Il sera installé en octobre. En septembre, on lancera les appels à candidats au forum des associations. On va lancer le projet de réhabilitation du stade municipal. Pour y faire un endroit multi-générationnel. La création de deux parkings est lancée, l’un des deux est bien avancé, à côté de l’église, où il y aura près de 60 places.
La communication a été remise à plat, avec un nouveau site internet et l’inscription sur l’application Intramuros. On étudie la mise en place d’une complémentaire santé pour les agents municipaux, et d’un comité d’entreprise. Le comité des fêtes sera créé à la rentrée.
Côté police municipale, le nouveau véhicule va arriver d’ici octobre-novembre. Le recrutement de nouveaux agents a été validé en conseil municipal, pour deux gardiens/brigadiers et deux ASVP (agents de surveillance de la voie publique, ndlr). On a déjà reçu plusieurs candidats. Ils commenceront fin octobre.
O. H. : Les effectifs de la police municipale seront plus nombreux que prévus, comment expliquez-vous cela ?
D. J. : Aujourd’hui, ces recrutements sont plus que nécessaires. Nous sommes confrontés à une hausse des problèmes d’incivilité, et le passage de personnes extérieures à la commune qui dealent, près de cimetière notamment. Je préfère une police d’anticipation à une police de répression. Mais la police va être armée. Pas pour tirer, je ne veux pas d’une police de cow-boy, mais c’est mieux pour leur sécurité, et pour la dissuasion. Ils seront aussi munis de caméras piétons. Et en 2027 leur véhicule sera équipé d’une dashcam. La vidéoprotection va être renforcée, avec 13 caméras supplémentaires pour arriver à 40. Un mur d’écran sera installé dans les locaux de la police municipale. Et les policiers seront formés aux jumelles-radar. Nous comptons également intégrer le SIVU de Chambly, et apporter notre aide à des communes comme Dieudonne ou Ercuis.
O. H. : Avec une telle politique, on pourrait vous classer à droite sur l’échiquier politique.
D. J. : Je suis sans étiquette. Pour certaines questions, notamment sur la sécurité, on peut me classer à droite, mais sur l’écologie on peut me classer au centre-gauche (rires). Je ne veux pas être porte-drapeau. Alexandre Sabatou m’a demandé de lui prêter la salle des fêtes gratuitement, je l’ai fait comme pour tout le monde. On m’a attaqué là-dessus. C’était une réunion politique, je n’étais même pas présent. Il m’a sollicité pour une photo devant la mairie, j’ai refusé, ce n’était pas opportun. Nous avons une relation député/maire, ça s’arrête là. Je ne veux pas de photos avec les députés ou les sénateurs. Dans le cadre institutionnel oui, pas dans le cadre politique, et quel que soit le parti politique. D’ailleurs, je ne vais donner aucune signature pour les présidentielles de 2027. Je représente les habitants de Neuilly-en-Thelle, pas un parti politique. Il y a d’ailleurs des rumeurs qui me disent candidat aux élections législatives, départementales… C’est complètement faux.
O. H. : Vous avez longtemps été dans l’opposition, et ça a souvent été compliqué pour vous. Comment sont vos relations avec vos opposants ?
D. J. : Je n’aime pas le terme opposition. Je les appelle toujours “groupe de Madame Soares” ou “groupe de Monsieur Bagoris”. Ils représentent chacun une partie de la population de la commune. Les conseils municipaux restent chauds, car on m’a fait des procès d’intention sur des sujets sur lesquels ils ont voté auparavant. Comme les délégations du maire. Je les ai présentées de la même manière que la majorité l’avait fait en 2020 et en 2014, ils avaient voté pour sans la moindre remarque. Aujourd’hui, ils viennent chercher la petite bête.
Mais nos échanges restent constructifs. J’ai fait acheter des micros pour que tout le monde puisse bien s’exprimer en conseil municipal. Tout est d’ailleurs enregistré. Je n’avais jamais eu ça en douze ans. Dans les procès-verbaux, on retrouve les interventions de tout le monde.
Ce n’est pas une opposition d’opposition. Le conseil municipal des jeunes ou le sujet de la végétalisation ont été voté à l’unanimité. Quand il y a des propositions constructives, c’est pris en compte. Je ne suis pas dans le règlement de compte, j’en ai trop souffert pendant douze ans.
O. H. : Qu’en est-il du projet de maison de santé ?
D. J. : C’est très compliqué. Il en faut une à Neuilly-en-Thelle, mais on ne peut la faire que si l’on trouve deux médecins porteurs de projet. Il faut prospecter. Un cabinet spécialisé dans la création de MSP va nous aider, il y aura une solution santé sur la commune. J’avais pris l’engagement de lancer ce dossier en 2026, c’est chose faite. Si l’on échoue, la solution alternative sera d’ouvrir une maison avec des infirmières qui accompagnent des médecins en visio. Mais c’est vraiment en tout dernier recours. Nous voulons une MSP avec un ensemble de professionnels de santé. L’objectif sera de l’ouvrir à mi-mandat.